Les Perspectives Ex-Égotiques

15 février 2020

Plongeoir

plongeoir

Ainsi j'arrive, le verbe à moitié vide, sur la page compliquée. Ici-bas constitue un air étrange, surplombant l'eau du verre dans lequel je veux nager.

Je ne sais pas nager. Je crois que tous, nous manquons d'eau. Il n'y a plus, au sein des hommes, de volition offerte aux bains. L'âme grouille de sécheresse tiède. Nous mourrons dans l'accident suspendu de la non-noyade. 

Il faudrait que le monde soit un océan d'eau claire et nos corps, des plongeoirs volants ! Sautons de nous-mêmes, de nos hauteurs inédites ; plongeons ! 

J'ai le sentiment que se sont échouées dans l'Histoire des vérités simples qui nous constituent, pourtant, cosmiquement et artèriellement. La lande humaine souffre comme un pays sans piscine. Les zombies ont soif mais mangent au sociétal effort. Les odeurs de l'eau se sont raréfiées dans les coeurs. 

Je ne peux rien faire : mes points de fuite, accrochés quelque part entre l'éther et le vide, n'atteignent pas l'océan. Tout au mieux, je pourrais m'inventer un esprit bleu, jouir du fait que la mer existe ; trouver l'eau dans les visages aimés ; contrecarrer, par l'immersion en H2O, l'irrespirabilité de l'époque. 

Je rêve aux corps inondés sous l'éclat de journées sans pareil. 

 

Plus jamais je ne te croise dans les ondes mouillées.

Les mots t'ont tout avalé.  

Posté par SexyToon à 13:14 - Permalien [#]

09 février 2020

Bébé Cosmique

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 Partout j'ai vu des êtres pleins de grâce, dont la profondeur ne tenait que dans cette seule et native acquisition. Parmi ces êtres il y a ceux que j'ai aimés, admirés et enviés, et ceux que je n'ai pas rencontrés mais dont j'espère la proximité depuis toujours : dans les couloirs universels je vais à leur conquête. Comme une fusée trop chargée qu'inspirent les trous noirs, je cherche la collision qui me transpercera de naissances.

 Mais les êtres originels envient les soleils et les lunes ; toujours ils s'en vont grandissants, contemplent l'espace en habits de philosophes tandis que leurs corps tombent en univers...

 

 Aussi doit-il exister un contraire à la grâce, qui ne serait pas tout-à-fait la disgrâce, ou dont cette dernière serait une embouchure, nécessaire comme à un corps et libérant ses affluences sur un vide causal inventé pour l'occasion ; une impossibilité roulant à fière allure dans le trou noir de sa création - si l'on peut parler de trou, ou même de noir : ce genre de vide est très avare en renseignements, surtout en matière de physique, bien que l'on y devine parfois un fond diffus de langage, comme les bégaiements d'un bébé qui voudrait jouer aux dieux cosmiques mais dont s'effondreraient tous les mots.

 D'aucuns s'accordent à penser que rien ne naît ni ne sort de ce vide qui ne soit issu de la façon laborieuse dont-ils s'accordent à le penser, et que s'ils n'en pensent rien, il y demeure néanmoins une substance pré-balbutiante recourbée sur un imaginaire non formé. Ce à quoi d'autres répliquent que si tel était le cas, si pareille substance n'existait que par le seuil qui nous permet de l'imaginer, alors elle ne pourrait en fait pas exister, puisqu'en l'imaginant nous façonnerions le seuil par lequel nous sommes supposés capables de le faire. Une troisième école considère que ce vide est constitué par une forme de guerre et s'applique à déterminer la nature de ce qui doit la gagner. Quant à moi, cueuilleur des grâces, orpailleur des collisions, j'affirme que certains monstres de l'imaginaire devraient se mettre la corde au cou pour se pendre à la première étoile filante qui leur sera proposé de voir.

 

***

 

 De l'évidence verbeuse, du hoquet solennel strié de phrases, que puis-je faire ? Les langages amputent les hommes de leurs naissances. Mais je suis hypermnésique et sans âge ; entre grâce et disgrâce, je joue de l'une et contemple l'autre dans l'oscillation fondamentale. L'Histoire et la littérature font le hochet de l'espérance perdue.

 Alors je ris avec les mots, je jongle avec les idées, comme un pantin spatial, un Pinocchio de matière noire ; est-ce là ma disgrâce ? Je me sens comme un nouveau-né absorbé dans l'illusion d'un cosmos.

Posté par SexyToon à 17:50 - Permalien [#]

Vance et le pédante

Sans titre

    Hier sur Scribay, une autrice donnait des leçons d'écriture en affirmant que le style de Jack Vance est pauvre. Cela m'a agacé, et forcé à m'interroger sur la notion de style. Vance n'a certes pas un style éclatant ; son écriture est purement narrative, il écrit des récits d'aventures dont les voyages sont fluides et en cela parfaitement dépaysants. Vance n'a jamais eu besoin de "style".

    J'ai donc été voir les textes de cette autrice et, bien entendu, je les ai trouvés grotesques. Ils ne sont que des mélanges pompeux de fausse philosophie et de fausse profondeur : une fausse exaltation du coeur et de l'esprit. Est-ce là ce que ces gens appellent le style ? Du sentiment et de l'esprit ? Sans doute, oui. Le style renvoie surtout à l'égo de ceux qui en parlent, ceux qui veulent sembler subtils et profonds. Vance est d'infiniment loin plus talentueux que cette scribayenne sans saveur.

    Je me pose la question du style et je ne peux répondre que par sa minimisation. Le style est une façon de marcher qui ne nous est propre que parce que c'est nous qui marchons, et je doute qu'il y ait beaucoup plus à dire. C'est bien pour cela que l'on trouve du style aux nombrilistes plutôt qu'aux modestes raconteurs. J'ai pourtant plus de style lorsque je cours que n'en a l'auteur dans ses mots ; parce que l'écriture se déguisera toujours plus que le corps ( du moins lorsque celui-ci se satisfait de sa normalité ), son style ne sera jamais qu'une vue de l'esprit intéressé.

    Certes je suis moi-même intéressé, car l'écriture et la lecture me passionnent aussi sûrement qu'un trottoir exerce une attraction particulière sur un marathonien. Mais ne montrons pas du doigt les conteurs élégants qui ont la décence de se contenter d'une magie suffisante. Ne méprisons pas le talent des voyageurs simples sous prétexte que nous préférons les complexités. La vraie complexité s'enracine dans la simplicité ; bien souvent, elle traduit même – vous savourerez ce mauvais jeu de mot – un complexe du simple.

    L'autrice est pédante ; elle fait danser les vides avec la prétention du style. Vance, quant à lui, m'a embarqué dans mille voyages.

 

Posté par SexyToon à 16:56 - Permalien [#]

Plafond sur Nervosité

téléchargé

 Une chose de la petite enfance me manque, me perturbe et me réclame, une sensation particulière liée à l'espace, une attention profonde portée sur lui. J'imagine que cette sensation représente le pendant saisissant de l'absence de bruit intérieur. Aujourd'hui l'espace manque de tension, il ne me sert plus comme il me tenait dans ses barreaux de lit, avec promesses et constance. J'aimerais pouvoir éprouver de nouveau cette force, ce vaste étau réconfortant, mais comment le pourrais-je ? Mon corps d'enfant a été depuis longtemps capturé par les cris de ma tête.

 L'hypermnésie est un courant changeant. Rapide, il me perce d'entonnoirs, je retombe dans mes anciennes chambres comme un fantôme aspiré dans son tunnel. Une intemporalité me saisit et mes regards se confondent. Je retrouve alors la puissance inouïe des plafonds, d'où semble irradier ma nervosité fondamentale. Mais parfois le courant semble se fossiliser, et toute mémoire se désagrège dans un brouillard ordinaire. C'est une douleur inacceptable contre laquelle j'ai dû apprendre à ne pas lutter, tant m'échappent les raisons du courant.

 Hypermnésie ou non, je savoure le fantôme de cette sensation profonde dans la nuit noire, où mes visions imperméables accrochent ensemble le mystère et l'espace. Tout est plus pénétrant, plus vif dans le noir ; je m'y étends comme un nouveau-né, naufrager de chaque jour et de la vie entière, agressé et consolé par la vivacité du monde qui l'empoigne du dedans et du dehors.

Posté par SexyToon à 16:33 - Permalien [#]

VDM

 

ballon_foot

 J'ai toujours joué au foot dans le jardin de mes parents, puis dans mon jardin, avec mes frères, puis avec les générations suivantes. Quand j'étais petit, mon frère et moi - surtout lui, en fait - logions sans arrêt notre ballon chez notre adorable vieille voisine ; celle-ci se faisait alors un plaisir de ne jamais nous le renvoyer, de nous bondir dessus depuis sa fenêtre (certes elle ne bondissait pas vraiment, mais sa voix, oui) sitôt que nous tentions de franchir, ninjas téméraires, la barrière de sa cour. Nul doute que la vieille dame n'attendait que cela derrière ses carreaux, nous observant, goguenarde et odieuse, parcourir craintivement le trottoir longeant nos deux terrains.

 Voilà pourquoi, maintenant que je suis un adulte à moitié avéré, je déteste au plus haut point ce type de voisin vicelard qui, semblant tout ignorer de l'enfance des garçons, les prive d'une joie simple avec une impatience imbécile ou un sadisme décrépissant.

 Si je raconte cela, c'est parce qu'aujourd'hui est un triste jour. Fraîchement arrivé dans ma nouvelle maison, l'intention aimable et cordiale envers les citoyens de mon nouveau quartier, j'ai trouvé un ballon dans mon arrière-cour, un ballon qui n'était pas le mien. Ne connaissant pas encore mes nouveaux voisins, j'ignorais quel enfant avait eu l'audace de perdre un ballon chez moi. Peu importait, je le lui rendrais avec bonheur lorsque je l'aurais identifié. Seulement voilà : mon frère était hélas en ma compagnie et un ballon était offert ; nous avons joué au foot et mon frère, adulte accompli jusque dans les pieds, a logé ledit ballon chez ma charmante voisine de droite. Plus tard, mon charmant voisin de gauche, neuf ans à tout casser, est venu sonner à ma porte pour le récupérer. Malaise explicatif. La dame de droite (dans tous les sens du terme, oserais-je présupposer) n'a pas voulu le lui rendre, malgré mon intervention de coupable affirmé et d'avocat de la défense, et mes accusations subséquentes de policier du bon sentiment. "Connasse" n'a pas franchi mes lèvres, néanmoins le mot s'est logé dans mes entrailles.

 Ainsi donc, je me suis fait un copain miniature (je n'ose imaginer ce qu'ont pensé ses parents lorsqu'ils ont eu vent de l'affaire) et une copine rabougrie.

 J'ai toujours aimé jouer au foot.

 VDM. Voisine de m...

 

 (Il va sans dire que, comme promis, je vais racheter un ballon au petit bonhomme.)

 

 Vive les petits footeux des jardins.

Posté par SexyToon à 16:29 - Permalien [#]

Neige et Voyages

neige

 C'est un cliché qui me sied bien : je m'émerveille devant la neige. Tout le monde devrait s'émerveiller devant la neige. Mais non : on se plaint de l'encombrement des routes. Je ne sais pas si je suis un attardé parmi les hommes ou un humain parmi les automates, mais ma place me convient tout-à-fait. Je suis pourtant comme un alien sans terre d'accueil. Astronaute au visage frère dont on ignore la provenance, je cherche un endroit où "accoster" ; mais je veux accoster partout ! La neige m'a donné des envies de Canada (c'est absurde, parce que je serais, like everywhere else, un handicapé social au Canada), ainsi que l'envie d'avoir des amis sur tous les continents. Ce sont les envies les plus légitimes du monde, puisque nos naissances sont voyageuses. Je ne vais pas cracher ici sur la société des frontières car mon propos n'est pas là, mais je ne peux que pleurer sur le devoir de réussite qui incombe à l'âme du voyageur. Pour voyager, il aurait fallu que je sois quelque chose ; or, fondamentalement, je ne veux rien être de plus qu'un ami.

 Mais voilà, la soif du voyage construit en moi des sentiers nouveaux, dont l'essence est celle des millénaires joueurs. Des hybrides de réalités et d'imaginaires les parcourent avec une innocente curiosité. Certains voyages sont ceux de l'espérance innée, telle qu'elle se reflète dans la blancheur des neiges. Je ressens l'envie de jouer qui me cogne la poitrine, comme un chiot gratte à la porte avec une impatience enjouée, comme un enfant sait le soleil au dehors. La neige est là, dans nos jardins, sur nos toits, le monde n'a pas abandonné sa chanson. Qu'est-ce que réussir, si ce n'est chanter avec le monde en emboîtant le pas de ses mélodies éternelles ? La vie n'est pas morte puisqu'il y a du jour derrière les volets et des soleils dans l'atmosphère. Peu m'importe si je semble être l'alien échoué par inconvenance, je suis le fils de la terre, né de sa chanson comme une fleur des neiges d'aujourd'hui. J'ai du voyage en moi car j'en ai l'élan. J'incarne des millions de voies blanches entre les dedans et les dehors, des millions de possibles parmi les continents.

Posté par SexyToon à 16:24 - Permalien [#]

Intermède sous Tiersen

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  J'écris beaucoup. Je cherche à déterminer pourquoi. J'écoute actuellement Yann Tiersen et j'étire le temps en m'interrogeant ainsi : c'est un intermède entre mes écrits d'aujourd'hui et ceux de demain. Je crois que je joue. Je m'invente un pays dans lequel les idées jonglent sans raison véritable, avec des faces hilares comme des smileys copains. C'est d'une inutilité valorisante : je me gargarise dans ma liberté d'être invisible et de me pavaner sur cette terre d'invisibilité. Je tiens un sniper entre mes index et j'assassine tous les verbes non consommés. Ainsi j'existe de nouveau, je renoue les lambeaux de mon propre bruit pour que celui-ci me hurle mes serments essentiels : ce n'est qu'un jeu, ce ne doit être qu'un jeu, un jeu bruyant. Les grands enfants ne se taisent plus : ils se crient à eux-mêmes de se taire avec le génie de l'invitation à la parole. Tout parle puisque tout s'est tu ; l'essentiel est là, qui rit dans mes syllabes.

 Le temps me demande encore de l'étirer. Il l'exige comme un clavier en éveil. Ecrire encore quelque chose, ne pas se taire sous prétexte que la parole s'est éteinte. Ceci est un corps silencieux posé dans un entre-deux-jours, comme un pijama barriolé. Ceci dit tout de moi en cet instant. Ma peau me tatoue la peau, c'est un verbe porté sur la portée des secondes que j'étire, que j'étire, que je tiens, comme un choeur féminin sur les notes de Tiersen. Il en faut peu pour que le silence porte en son ventre la poésie d'une parole ; il n'en faut pas plus pour qu'une parole love son corps dans la poésie d'un silence. Je ne dis rien. Je dis tout. Je me tais avec moi-même. La dichotomie a la perfection d'une invisibilité brodée en intermède. Et c'est déjà une phrase, comme offerte au hasard, une phrase à la fonction bancale qui dit "je t'aime" à la vie, parce qu'elle s'y tient debout avec toute la grâce d'y tomber : parce que, de n'être qu'une phrase, elle a déjà tout dit d'elle-même, "je t'aime" est une chute, la plus sincère d'entre les chutes. J'étire le temps pour en allonger l'imprenable centre, je crée des ovales pour l'exposer. Mon coeur est un ballon de rugby brillant sous Tiersen.

***

 Je dois écrire encore un peu. Repousser le sommeil, coûte que coûte. Tordre le cou à la facilité.

 Rien n'est facile. Tout est danse verbeuse qui ne croit pas en elle-même ; je joue aux blablas érudits, à la prétention du génie, mais je n'en éprouve aucune culpabilité. L'enjeu est ailleurs, dans les surfaces bien plus profondes. Je suis le visionnaire illusioniste de ma vanité géniale, et c'est brillant comme la noirceur de l'échec. Aucune gravité, aucune corruption, juste une salsa des ratés signée de mon nom. Je pourrais faire bien des choses depuis cet espace, des choses meilleures, mais cette danse n'est pas condamnable puisqu'elle excite des danseurs inconnus. Bientôt germeront des seigneurs aléatoires, et leurs terres se grefferont à mon île. Le moment n'est simplement pas venu. Il ne s'agit ici que d'étirer le temps en monologuant avec ma solitude. Je ne suis pas vraiment en ma compagnie ; on ne connaît sa compagnie que lorsqu'elle est celle de quelqu'un d'autre, et alors elle est vraiment ce que nous sommes. De fait, tous ces mots ne sont le moi de personne, sinon celui de l'absence d'autrui, et si j'ai quelque part une beauté, elle est la beauté des autres. Riche de ce savoir, je m'accouple par les mots avec les grâces paradoxales de mon discours inutile. Je m'érige un château comme un bébé qui a trop de briques.

 Et le temps s'étire ainsi, substantifiant l'inanité avec un panache feint. Je ne peux me jeter la pierre. C'est une passade. C'est une jonglerie de ma plume. J'ai peur, parfois, de ne plus pouvoir sortir de ma parole, de ne plus savoir donner corps à l'imaginaire. Je suis un blablateur ; j'étais un rêveur. J'ai perdu le code des images intérieures. Le temps se cherche à présent dans d'autres étirements, il excite mon désir d'autres choses. Lui, elle, eux, cet endroit ou celui-ci : un rêve possible m'arrache les mots pour en écrire l'histoire à l'envers. Ma gorge commence à se vider, mes mains rêvent de métamorphoses. Mon ciel fabrique des images à toucher dans les hauteurs que je n'atteins pas, mais le temps étire son élan et d'ici déjà je commence à disparaître ; je suis un bonbon au citron qui fond dans le texte. Je crois que je cherche ma limonade.

***

 J'écris uniquement pour passer le temps. C'est futile comme un boucan de mots. Je ne m'en plains pas : j'écris pour passer le temps et ça marche. Je transforme ma plume en une grande gueule trop prétentieuse, en une madame je-sais-tout insupportable qui fait des cabrioles comme on s'offre à soi-même des clins d'oeil dans le miroir. Je ne crois pas en elle. Je ne suis qu'un singe patient auquel on a donné un ordinateur. J'ai besoin de passer le temps. Des avions métaphysiques me rasent la tête et cherchent quand larguer leurs bombes au sein des temps dilatés : j'attends l'explosion, je la guette et l'espère.

 Je ne me déteste pas. Je ne suis pas ce que je suis ici. En vérité, j'attends plus que l'explosion ; tout auour de moi, des canards à bretelles, des soleils écoliers, des oursons cow-boys et toutes sortes de créatures de même vivacité regardent la statue de pavanement dressé sous les avions, et j'attends que ces créatures m'approchent, me déconstruisent, me roulent dans l'espace hilare, et que tout alors prenne la logique d'un Boum en lévitation. Les avions métaphysiques comprennent mon langage.

 En attendant je me tiens là, je fais la statue. Je sens dans mon coeur plombé de parades mes chimères qui rêvent de transformations, respirant, dans les vides du tissu que je cherche à déchirer encore et encore, les souvenirs de ma médiumnité. Mais le temps s'écartèle en vain sous les avions acharnés, il me dessine des figures loufoques suggèrant d'autres routes, d'autres danses, d'autres voies vers la déchirure souhaitée. Ainsi j'écris comme il me parle, comme nous rêvons ensemble de son décharnement, de la promesse recroquevillée dans la plénitude de ce qu'il cache.

***

 Je n'ai pas besoin de toujours étirer le temps, de mener cette lutte bavarde et alliénante. Il s'agit souvent de le laisser passer. S'allonger et ne rien faire, être bien ; les yeux ouverts saisissent tant de mondes au sein du noir idéal, la peau trouve tant de vérités à absorber... Se couler en son corps au hasard de ses pensées, se tenir dans son trouble, perdre et gagner ses repères dans l'horizon impénétrable de la vue, chercher à tenir un fantasme mais le lâcher sans crainte, sentir les excitations variables de ses pieds nus, suivre la mélodie, se caresser soi-même, jouer des rythmes décroissants avec ses doigts, sublimer ses sens par l'infiniment lent, saisir d'instinct le mystère immanent de ce que l'on fut : je vibre dans l'opacité des nuits comme une confluence de tous mes éveils.

 La musique au charme lointain emprunte les allées Folks des récits adoucis. Allongé sur le lit défait de mes intermèdes, je dénoue mes mots, tisse un drap de présence.

 

 Si ces derniers jours étaient des écrivains, cette nuit les a consumés. Ma plume se dissout dans ma peau comme une ode à l'obscurité totale ; le noir est mon jardin suprême.

Posté par SexyToon à 16:15 - Permalien [#]